réseaux sociaux : tous ego ?

libre ou otage du regard des autres

À notre époque, nouer des relations se déroule le plus souvent à l’intérieur d’un cercle d’amis, ou dans une bulle informatique pour cultiver l’estime de soi. Il s’agit d’obtenir la reconnaissance sociale dans le regard des autres : pour devenir populaire, en espérant la réciprocité dans le don, en souhaitant bénéficier de privilèges à partir d’un carnet d’adresses. Ces pratiques ont leur utilité, mais il ne faut pas les idéaliser.

En effet, il n’y a jamais eu autant de réseaux pour relier la population du monde entier, et pourtant, le sentiment de solitude ou le repli identitaire n’ont jamais été aussi grands ! C’est le paradoxe de notre époque. Dans ces conditions, les réseaux sociaux n’apportent pas nécessairement de réponse à la crise du « vivre-ensemble ». Ils ne sont pas plus légitimes que l’État pour incarner la démocratie ou plus vertueux que le marché ! Mais ce sont des modes de collaboration incontournables pour faire circuler les idées, partager les richesses, développer l’innovation.

Cet ouvrage aide à comprendre les enjeux du débat, à l’aide de nombreux exemples et illustrations.

 

preface de l'amiral lacoste

 

"Les premières années du 21e Siècle sont à la hauteur des incroyables performances antérieures du monde moderne. Un des grands mérites de l'ouvrage du professeur ASSENS est précisément de présenter un catalogue actualisé des pratiques du moment. L'importance de ces réseaux n'a cessé de s'affirmer en fonction des progrès spectaculaires de la "numérisation" qui a bouleversé les moyens, les anciennes méthodes, et les habitudes des acteurs traditionnels des rapports humains et professionnels dans les societés contemporaines. 

 

Néanmoins, en dépit de leur importance accrue, les réseaux sociaux ont leurs limites vis à vis des diverses institutions légitimes. Ils ne proposent pas forcément la transparence des procédures et des informations, dans un monde plus libéré ou plus altruiste. Ils constituent plus un mode de communication qu'un moyen d'information au service de l'éducation, de la formation et de la culture.  

 

Cet ouvrage répond donc au souci de prendre du recul au regard du "vivre ensemble". Car, plus précisement, il implique une autre question fondamentale : les réseaux sociaux peuvent-ils  aider à répondre à la crise de légitimité que traversent nos propres cadres institutionnels ? Ainsi qu'au besoin de reconnaissance des générations montantes face à l'égoïsme des conservateurs, de leurs avantages acquis, de leur refus de renoncer à des privileges imérités. Les réseaux sociaux préfigureraient-ils la réunion de nouveaux "Etats Généraux" pour conduire à une nouvelle  "nuit du 4 Août".

 

Extrait de la préface par l'Amiral Pierre Lacoste 


extrait de l'ouvrage

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recension de l'ouvrage

 

 

 

Anamaria Ionita et Monica Vlad, « Christophe ASSENS (2016), Réseaux sociaux, tous ego ? », Communication [En ligne], vol. 35/1 | 2018, mis en ligne le 26 février 2018.   

http://journals.openedition.org/communication/7424

 

1L’ouvrage de Christophe Assens propose une réflexion sur un sujet actuel très complexe et multiparamétrique : les réseaux sociaux et leur présence auprès des institutions de l’État, du marché, de l’école. Précédé d’une préface de l’amiral Pierre Lacoste, le livre est divisé en trois grands chapitres : « Les réseaux numériques », « Les réseaux corporatistes » et « Les réseaux économiques »

2Dans l’introduction, l’auteur fait une brève histoire de l’apparition du réseau social et le définit comme « un moyen de réunir les personnes qui partagent la même vision du monde » (p. 20). La dépendance accrue aux réseaux sociaux est motivée par l’évolution géopolitique et technologique des dernières années. Afin de mieux comprendre le mode de fonctionnement des réseaux sociaux, l’auteur propose des exemples tirés de tous les domaines. Il annonce une « transformation profonde » (p. 14) de la société contemporaine où les réseaux sociaux, qui font partie de notre vie quotidienne, tendent à remplacer partiellement les institutions traditionnelles dans divers domaines de la vie : politique, social et économique. La question qui se pose, et qui va guider l’argumentation dans son ensemble, est de savoir si les réseaux permettent réellement de retrouver « la dimension bienveillante du vivre ensemble garantie par les institutions, ou si le maillage librement consenti des individus encourage l’égocentrisme collectif » (p. 15). Loin de représenter une boutade, ce point de départ permet à l’auteur de convoquer des champs d’expertise différents, des exemples complémentaires, afin de fournir son point de vue (nécessairement nuancé) sur cette problématique. 

3Le chapitre 1, divisé en cinq parties, est consacré aux réseaux numériques. L’auteur expose les avantages et les limites des médias sociaux (Facebook, LinkedIn, Twitter, Viadeo) au moyen de différentes comparaisons entre ceux-ci. La plateforme de mise en relation Facebook est un « phénomène de mode planétaire, pour lequel communiquer c’est exister » (p. 35) par rapport à la plateforme professionnelle LinkedIn qui est une « vitrine de communication […] pour mettre en évidence le CV en ligne » et qui « ressemble plus à une plateforme technique de communication qu’à un réseau au sens social du terme » (p. 37-38). Utilisées pour la communication à distance, ces plateformes communautaires ne cachent pas moins des paradoxes. Même si les réseaux sociaux semblent transformer le monde actuel dans un monde du partage et de la communication, la société contemporaine est caractérisée par l’individualisme, par les pratiques narcissiques (selfies ou snapchats), par une tendance à l’égocentrisme, par le « besoin accru de reconnaissance sociale » (p. 51), mais également par l’angoisse de la solitude et de la perte ou de la descente sociale, car les réseaux sociaux qui réduisent la distance dans la communication « créent de nouvelles distances sociales » (ibid.). 

4Dans le chapitre 2, l’auteur aborde la nécessité de travailler en réseau, les réseaux sociaux en politique, le poids du réseau des écoles, le rôle du réseau public dans l’intérêt général ainsi que différentes notions telles que le bien public, la démocratie électronique, la bureaucratie, le népotisme, le corporatisme et la mondialisation ou le fédéralisme. Assens souligne la force des réseaux sociaux en politique lorsqu’il s’agit par exemple de campagnes d’élections présidentielles dans lesquelles les plateformes communautaires comme Facebook ou Twitter jouent un rôle important, car celles-ci déclenchent une réaction en chaîne dans l’opinion publique et « représentent un baromètre en temps réel de l’opinion publique » (p. 67). L’auteur considère que la démocratie directe sur Internet détermine, en politique, une « défiance envers les institutions républicaines » et une réorientation des citoyens vers les réseaux sociaux qui « semblent en apparence moins corrompus et plus ouverts au débat démocratique en raison de la transparence et de la collégialité » (p. 71). Cela dit, aussi bien en politique que dans le domaine de l’éducation, les réseaux sociaux favorisent la disparition progressive des voix intermédiaires garantes de la déontologie, de l’expertise ou du savoir, au profit de voix qui masquent leur ignorance dans l’anonymat des pseudonymes. Ce qui mène non plus à un ajout de transparence, mais à la diffusion de points de vue non représentatifs, avec le risque d’imposer « la vision improductive des mal informés dans l’inconscient collectif » (p. 70). 

5Le chapitre 3 s’intéresse au rôle des réseaux (formels ou informels) dans le secteur économique et propose des exemples concrets et contrastés. Après avoir exposé les avantages de l’organisation en réseau, Assens note la nécessité pour le secteur public de collaborer avec le secteur privé en vue de répondre aux intérêts généraux. De la même façon, il souligne la nécessité pour une entreprise de travailler en réseau pour survivre. Grâce à la mise en réseau, il est possible de mettre en contact direct le consommateur et le producteur, en éliminant tous les intermédiaires non nécessaires, ce qui augmente le pouvoir de négociation et détermine une baisse des prix. 

6Selon l’auteur, les conditions nécessaires pour former un réseau sont le partage (de ressources et de compétences) entre les individus et la confiance qui doit être instaurée à l’intérieur d’une entreprise. L’auteur considère que « l’économie tend à se développer sur le partage plutôt que sur la propriété exclusive » (p. 163). Le terme employé par Assens pour désigner l’économie fondée sur la collaboration entre les producteurs et les consommateurs de services est « économie collaborative » (exemples : le covoiturage, la colocation, l’échange de maisons). Devant la multiplication des réseaux sociaux, l’auteur avance, de manière encore une fois paradoxale, l’hypothèse d’une société de consommation devenue moins « matérialiste » et plus tournée vers l’accumulation de services qui permet à tout un chacun d’afficher non plus un patrimoine matériel, mais un patrimoine relationnel. Ce qui ne change en rien la volonté de satisfaire l’estime de soi et d’aller vers un monde plus « egolitaire » qu’égalitaire…

7Dans la conclusion, l’auteur fait le point sur les avantages et les limites des réseaux : du point de vue social, les réseaux « rapprochent les individus pour renforcer la dimension collaborative », tandis que du point de vue technologique, les réseaux « transforment les rapports humains, en maintenant les individus à l’écart les uns des autres avec le risque de recréer de nouvelles barrières sociales » (p. 195). Cela dit, il qualifie les réseaux sociaux d’« incontournables ». 

8Rédigé de manière volontairement provocatrice, parsemé de nombreuses phrases exclamatives qui traduisent les partis pris et les différents paradoxes avancés par l’auteur, le livre présente une réflexion nécessaire sur le monde contemporain dans lequel la clé de la fraternité, que détiendraient les réseaux sociaux, est plutôt un « leurre technologique » qu’une transformation profonde des manières de penser.



SEANCE DE DEDICACE

académie des sciences morales des lettres et des arts de versailles


revue de presse sur l'ouvrage


la revue des affaires

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la France est-elle réformable ?
"Si l'on veut faire bouger cette société bloquée qu'est devenue la société française, il faut absolument secouer le carcan que fait peser sur elle la passion de commandement, de contrôle et de logique simpliste qui anime les grands commis, les patrons, les techniciens et mandarins divers qui nous gouvernent, trop brillants, trop compétents et trop également dépassés par les exigences de développement économique et social..."
La revue des Affaires_Ch.Assens.pdf
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Article de presse le 9 décembre 2016 dans la revue Contrepoints par Farid Gueham : "Penser et affiner le cadre et l’usage des réseaux sociaux est non seulement une nécessité mais une urgence, comme le rappelle Christophe Assens dans son nouvel essai."Dans des sociétés prônant toujours plus d’individualisme, rejoindre un réseau renforce un sentiment d’appartenance, l’idée de participer à la construction d’une entité, d’une société nouvelle. Et dans une certaine mesure, les réseaux sociaux redonnent également du sens aux notions de partage et de solidarité. Au-delà de l’utopie, la solidarité des réseaux a des visées plus intéressées..."

Christophe Assens est spécialiste de la stratégie d’entreprise. Les réseaux sociaux, tant physiques qu’en ligne, représentent un véritable phénomène qui traverse la société. Il a publié très récemment «Réseaux sociaux : tous ego ? Libre ou otage du regard des autres?» Zoom en 3 questions : interview la lettre de la recherche 

entreprises & carrières du 13-19 dec 2016



Article le 8 décembre 2016 dans la revue Trop Libre du ThinkTank Fondapol : "Faire partie d’un réseau, c’est gagner de la visibilité, construire une forme de reconnaissance sociale : établir ou renforcer une réputation, devenir populaire, élargir ses relations. Paradoxalement, le réseau social présenté comme un nouveau vecteur de liberté et facilitateur d’échange, uniformise les profils et les usages des consommateurs, pour finalement, aboutir à une perte de liberté. Car les réseaux sociaux ne sont pas le miracle social que nous attendions tous, comme le rappelle Christophe Assens « avec l’essor des objets connectés, chaque individu tend à se conduire comme un “insecte social” au sein d’une colonie, où la technologie guide les choix de vie par automatisme. Dans ces conditions, les réseaux n’apportent pas nécessairement de réponse à la crise des institutions sur la question du vivre-ensemble. Ils ne sont pas plus démocratiques que l’Etat, ou plus vertueux que le marché !"


Tribune le 27 janvier 2016 dans le Cercle Les Echos en collaboration avec Francis Hintermann Global Managing Director - Accenture Research : "La pyramide hiérarchique perd-elle la tête ?" Les nouveaux codes du management collaboratif remettent en question les principes traditionnels de l'autorité. Quels sont-ils ? 

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Les Echos : la pyramide hiérarchique perd-elle la tête ?
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