grand entretien du figaro

«Stories» Instagram,«likes» Facebook : Internet est le nouveau miroir des vanités

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Dans Réseaux sociaux, tous ego ?Christophe Assens développe une analyse des réseaux sociaux au prisme des besoins humains. Il pense que notre usage quotidien de ces plateformes engendre des bouleversements anthropologiques insoupçonnés.

 

 


Chrisophe Assens est docteur en science de gestion et professeur à l'Université de Versailles. Il a publié Réseaux sociaux, tous ego? Libre ou otage du regard des autres (De Boeck, 2016). 


FIGAROVOX.- L'usage des réseaux sociaux est devenu une norme sociale aussi profondément établie que presque personne ne semble en mesure de la remettre en cause. D'où vient cet attrait pour les réseaux sociaux et les «likes»?

Christophe ASSENS.- Internet est le nouveau miroir des vanités. Par les réseaux sociaux joue ce vecteur de reflet dans le regard des autres d'une image idéalisée de soi: il s'agit de diffuser une image extrêmement favorable de soi et d'avoir un retour dessus. De tout temps il y eut un besoin d'exister pour les individus, c'est ce même besoin d'exister qui permet de comprendre les comportements humains. Mais avant l'arrivée d'internet et des réseaux sociaux, ce besoin trouvait à s'incarner dans des cadres institutionnels formels et rigides avec le principe d'ascension sociale. On progressait dans les institutions en changeant de statut, et on valorisait de cette manière son regard social et l'image que les autres se faisaient de nous. Ce qui change avec internet tient à la dématérialisation et à la désintermédiation: nous n'avons plus besoin des institutions pour répondre à notre besoin d'exister. Tout le monde peut valoriser son identité à travers ce qu'il est usage d'appeler «personnal branding» (marketing personnel): chacun revendique le droit à valoriser don identité comme une marque personnelle. Il s'agit aussi d'«empowerment»: être partie prenante et acteur avant une institution qui décide à la place des autres.

Ces deux aspects définissent aujourd'hui les nouvelles normes sociales: valoriser l'ego d'un côté, la capacité d'agir et de participer aux décisions de l'autre. Le problème tient au fait que lorsqu'on veut valoriser l'identité et l'«empowerment», on se tourne vers internet et le virtuel qui pourtant relèvent de la communication et des réseaux: la quête de soi devient artificielle. Le capital social engrangé par des followers n'est pas constitué des amis proches. Paradoxalement, plus on a de followers, plus on peut se sentir isolé ; on confond la communication et la socialisation. Or la technologie n'a pas fait évoluer la socialisation: si on veut être socialisé, il faut recourir à des relations réelles et cultiver l'affectif, ce qui ne peut se faire à distance et par les smartphones. L'affection des autres se construit et n'est pas virtuelle ou artificielle, c'est là où le bât blesse. Tout le monde se réfugie sur internet pour trouver des réponses à son besoin d'exister, alors que ce besoin d'exister ne peut trouver de réponses qu'en dehors de la société virtuelle.

Nous perdons le sentiment d'appartenance à un collectif tout en cultivant la quête de soi dans un miroir aux vanités : les réseaux sociaux.

Il semble donc que les réseaux sociaux constituent un palliatif incapable de remplacer les relations sociales réelles: ne cherche-t-on pas à aussi à lutter contre la solitude inhérente à nos sociétés individualistes?

C'est exact, et c'est même très humain! Moins les gens ont de relations humaines et moins ils sont valorisés par leur travail, plus ils se sentent seuls ou délaissés et vont aller chercher des réponses à leur quête de soi sur internet. J'explique cela par la pyramide de Maslow, sociologue qui, après-guerre, définissait la hiérarchisation des besoins chez l'individu. Celle-ci répondait selon lui à des besoins primaires (se nourrir, se loger…) et à des besoins secondaires liés à la socialisation: on consomme des produits et services pour être identifiés à un groupe social. Ensuite viennent les besoins tertiaires: ceux qui relèvent de la quête de soi et de la psychologie. Je pense qu'avec l'arrivée d'internet et des réseaux sociaux, on assiste à une inversion de la pyramide de Maslow: désormais ce sont les besoins tertiaires et psychologiques qui prônent sur la socialisation. C'est pourquoi, aujourd'hui, le besoin de l'usage l'emporte sur celui de la propriété. Ce qui est particulièrement éclairant quant à ce qui est à l'œuvre dans le registre économique: les entreprises sont confrontées à de nouveaux comportements consuméristes où les individus veulent être reconnus comme des consommateurs spécifiques dont il faut envisager le moi. 

On a sur internet une superposition d'ego qui ne conduit pas à un cadre collectif tel qu'on peut l'imaginer dans la société, avec des institutions classiques comme la famille, la religion, l'État ou l'entreprise. Lesquelles permettaient d'avoir davantage de considération et de conscience collective. Nous perdons le sentiment d'appartenance à un collectif tout en cultivant la quête de soi dans un miroir aux vanités: les réseaux sociaux. 

D'où la volonté de faire des réseaux sociaux sa propre vitrine de soi, notamment via des plateformes comme Instagram, relevant davantage de la photo et de l'image que les autres, ce qui semble en faire le réseau social par excellence…

Absolument, y compris le phénomène des «story», qui concurrence ce qui se fait sur Snapchat. Je crois qu'on a là affaire à un lieu où la mise en scène de l'ego est à l'œuvre. Un adage classique dit que «si c'est gratuit, c'est que c'est moi le produit»: ces «story» sont en effet très importantes pour les plateformes et leur business model. Pour les individus, elles agissent de la même façon qu'une promotion en tête de rayon d'un supermarché: on crée son propre produit d'appel pour donner envie aux utilisateurs d'aller voir les autres facettes de notre rayon. En d'autres termes: pour donner envie d'aller découvrir sur notre compte Instagram d'autres facettes de notre personnalité. On essaye alors de renouveler l'attrait de son profil avec une vitrine, une humeur du moment, en mettant en haut de la page d'accueil des autres utilisateurs quelque chose de très éphémère, avec une forme de surenchère de la désirabilité sociale. Ce qui permet aux autres de nous désirer et de s'identifier à nous. Et parfois même en se démarquant par l'humour. 

Quand on bascule la logique de l'image, il y a un grand risque de dépersonnalisation : la forme l'emportant progressivement sur le fond, les identités auront tendance à être lissées et uniformisées.

Comme vous le dites, dans ces codes de communication où l'on cherche à mettre en scène l'ego, c'est la culture de l'image qui l'emporte sur la culture de l'écrit. Quand on bascule dans cette logique, il y a un grand risque de dépersonnalisation: la forme l'emportant progressivement sur le fond, les identités auront tendance à être lissées, aseptisées, uniformisées. Ce qui laisse encourir un grand risque de perte de sens… La richesse d'une personne tient à ses défauts, à sa complexité, à ses imperfections, même à ses contradictions: c'est ce qui rend la personne belle et unique. Toutes ces facettes ne peuvent être abordées par l'image. Ainsi la limite de cette surenchère à l'image réside dans la perte de sens quant à la véritable personnalité de la personne qui publie sur Instagram.

Est-ce une question de générations? 

Les plateformes ont su exploiter les différentes caractéristiques des générations: les premières étaient portées sur l'écrit et les messages, puis on est passé à l'image, la photo, et maintenant à l'image animée et aux vidéos. Une certaine accélération de la forme de communication correspond aux transformations des mœurs et habitudes de génération en génération. Plus celles-ci rajeunissent, plus elles vont vers un format de publication éphémère et animé. Et c'est une question de survie pour les plateformes de s'y parfaire, pour parfaire aux désirs de leurs actionnaires.

Mais pour les utilisateurs, plus la forme s'accélère et prend le pas sur le fond, plus on a tendance à faire grandir la frustration continuellement en entrant dans des codes de communication formatés où il est en réalité impossible de parler de soi réellement et avec authenticité, où on est inhibés par des codes qui ne permettent pas de répondre au véritable besoin d'exister inhérent à notre condition.

Sans doute que demain les plateformes feront de la surenchère en s'éloignant davantage de l'écrit, avec une communication rapide et éphémère, toujours avec l'idée que les individus ont besoin de cultiver l'estime de soi. Mais plus l'information est courte, plus elle est superficielle. Donc la personnalité de chacun a tendance à se noyer dans la masse des publications postées sur les réseaux sociaux. Cette surenchère est très utile pour les entreprises qui mettent en scène leurs produits sur les réseaux sociaux comme Instagram pour cibler notamment les Millennials et entrer dans la poche du consommateur. 

Avec les réseaux sociaux le libéralisme devient la norme. Chacun revendique le droit à être son propre entrepreneur, ce qui est nouveau dans une notre société de tradition centraliste et étatique.

Avant nous consommions de manière verticale, en B2C (Business to consumer) avec agences de publicités et intermédiaires, aujourd'hui nous assistons à une horizontalisation du marketing par les consommateurs, en C2C (Consumer to consumer): les entreprises l'ont bien compris. Quitte à ce que cela s'opère au détriment des rapports humains réels et de la socialisation.

D'où, aussi, un bouleversement à long terme des rapports sociaux voire anthropologiques à cause de la conduite stéréotypée que les réseaux sociaux induise… 

Certes, mais il convient aussi de retenir des points positifs à ce conformisme des rapports sociaux. Cela peut amener les individus des jeunes générations à l'idée qu'il faut se prendre en main selon le versant positif d'une logique entrepreneuriale relative à l'esprit de l'époque. Laquelle est d'une certaine manière liée au phénomène d'internet. On peut s'attendre à ce titre à moins de dépendance des institutions et des phénomènes de rentes de la part de certains individus désirant y adhérer sans efforts. D'autre part, lorsqu'on est seul, on a plus tendance à collaborer, ce qui, de manière horizontale, peut amener à plus de partage de connaissance pour porter des projets.

Le revers de la médaille tient au risque d'avoir une société fragmentée avec des formes de communautarisme dans lesquelles il sera plus difficile d'identifier l'ascenseur social, son efficacité, son relais, et ses codes. Le capital social va être amené à avoir plus d'importance que le capital financier ou le patrimoine, de nouvelles fractures sociales vont apparaître avec ce fonctionnement dans lequel le réseau va devenir omnipotent: les réseaux influents et ayant accès à l'information domineront les autres. 

On a l'impression que la logique de la mise en réseaux et l'étalage de soi sur les réseaux sociaux sont caractéristiques de l'éthique libérale appliquée aux individus, par le bas. Est-ce à dire que chacun devient acteur de son propre libéralisme? 

Nous avons en effet affaire à une forme de libéralisme incarné aujourd'hui. À travers les réseaux sociaux, le libéralisme devient la norme. Chacun revendique le droit à être son propre entrepreneur, à mener son propre projet, ce qui est nouveau dans une société comme la France, de tradition centraliste et étatique. 

La voiture incarnait la liberté au XXe siècle. Au XXIe siècle c'est le téléphone portable.

Ces métamorphoses sont, selon moi, sources d'inquiétudes: un nouveau dogme de la transparence est en train d'être érigé par l'accession de tous sur une même plateforme où chacun surveille tout le monde. Or la transparence crée une prison de verre dans laquelle on enferme la pensée, la conscience, les idées. Ce qui donne lieu à une forme de mimétisme de bon aloi, et on retrouve une forme de politiquement correct qui empêche les acteurs de cultiver des relations de proximité saines. 

 

La voiture incarnait la liberté au XXe siècle. Au XXIe siècle c'est le téléphone portable. Avant la liberté consistait à pouvoir se transporter physiquement d'un point à un autre sur la planète. Aujourd'hui c'est de pouvoir transporter son image et ses idées d'un endroit à un autre du globe. Dans une forme de désintermédiation, un vent de liberté souffle sur la société, à moins que celle-ci emporte les autres principes inscrits au fronton de la République, et avec elle la société dans son ensemble.

interview TV 78


le business de l'education

tribune dans la revue administration & education

 

 

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                                                                                                                                            lire la suite 


la france est-elle réformable ?


LE BASSIN DE HOUDAN, VRAI CHAMPION DU PLEIN-EMPLOI OU MIRAGE STATISTIQUE ?

Interview pour l'Agence France Presse

 

 

Aux confins de l'Ile-de-France, la zone d'emploi de Houdan et les 28 communes qui la composent affichent le taux de chômage le plus bas de France: 4,7%. Si certains arguent d'une coopération fructueuse entre entreprises et pouvoirs publics, la statistique cache une réalité plus complexe.

Sur ce discret territoire niché entre Dreux et Versailles, en bordure de forêt de Rambouillet, s'étend une campagne préservée, à une heure de voiture de Paris. 

Ici, pas d'usine ou de zone commerciale tentaculaire défigurant le paysage. Le long de la RN12 se succèdent petites communes proprettes et gros bourgs cossus, prisés pour leur calme par des personnalités comme Charles Aznavour, Florent Pagny ou encore le milliardaire François Pinault, qui y ont élu domicile.

La zone, à l'origine agricole, semble aussi attirer les PME, notamment du tertiaire.

On n'est certes ici "pas dans la Silicon Valley, qui a une capacité d'attraction mondiale forte, mais on a tous les ingrédients d'un écosystème performant pour préserver l'emploi local", estime Christophe Assens, professeur à l'Institut supérieur de management de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

Patrick Mitchell a été l'un des tout premiers entrepreneurs à s'installer à la périphérie de Houdan (3.000 habitants), sur ce qui n'était alors que des champs. Quinze ans plus tard, son entreprise de distribution de vis et fixations de haute précision compte plus d'une vingtaine de voisins.

"On a un maire (le député LR Jean-Marie Têtard) et une communauté de communes" qui facilitent l'installation des entreprises "avec des logements sociaux, des prix attractifs, ce qui fait qu'aujourd'hui la zone d'activités et la zone industrielle sont pratiquement remplies à ras bord", témoigne M. Mitchell.

- Tissu de PME -

La politique fiscale est aussi incitative. "Les entreprises qui sont venues s'installer ici ont quitté des zones où les taux (d'imposition) étaient voisins de 24, 25, 26% alors que nous, on est à 17%", abonde Jean-Jacques Mansat, président de la Communauté de communes du pays houdanais (CCPH).

Si l'opticien Krys est le plus gros pourvoyeur d'emplois sur la zone, avec plus de 500 salariés sur son site de Bazainville, le tissu économique local est surtout constitué de PME, aux activités souvent complémentaires, et de petits commerces - le nombre de grandes surfaces ayant été volontairement limité par les pouvoirs publics. 

Un écosystème local qui séduit, visiblement. "Ce tissu d'entreprises, il est majeur. Sans (cela), c'est compliqué de se développer, de faire confiance. Les gens, on les connaît, ils sont juste à côté, on va manger le midi ensemble...", explique Vincent Chouzenoux, qui chapeaute plusieurs bureaux d'études installés sur le territoire de la CCPH.

"Au lieu d'aller chercher des solutions ou des réponses en dehors du territoire", les employeurs, souvent fédérés en réseaux associatifs, vont "les chercher à l'intérieur", explique Christophe Assens. Cela est valable pour la recherche de main d'oeuvre comme pour les fournisseurs.

- "Ça ne leur saute pas aux yeux" - 

Les performances de cette zone d'emploi sont cependant à relativiser, estime Eric Tondu, maire de Maulette, commune limitrophe de Houdan. "Peut-être que le taux de chômage est faible, mais beaucoup de gens vont travailler à l'extérieur", à Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines ou Paris, tempère-t-il.

Mais ces résidents - plutôt CSP+ - "génèrent quand même de l'emploi localement: éducation, santé, commerces de proximité...", nuance Olivier Léon, chef du service Etudes de l'Insee.

Dans cette région exempte de grands ensembles urbains et de cités sensibles, une certaine forme de pauvreté subsiste toutefois, bien que peu visible. L'antenne des Restos du coeur de Houdan aide quelque "150 familles" -souvent rurales et/ou mono-parentales- chaque semaine. 

Et à Houdan même, "200 habitants sont au chômage", fait remarquer Philippe Seray, élu municipal d'opposition. "Eux, quand on leur dit qu'il y a le plein emploi, ça ne leur saute pas aux yeux!" Céline Agniel (AFP)

Liste des journaux, radios et tv qui ont repris la dépêche AFP de Céline Agniel sur leur site web. 

 

France et Dom-Tom

 

La Nouvelle République http://www.lanouvellerepublique.fr/

Leberry.fr

Boursorama.com : http://www.boursorama.com/

Yahoo.fr

Abcbourse.com http://www.abcbourse.com/

Le Mémorial de l’Isère http://memorialdelisere.fr/

Le Parisien http://www.leparisien.fr/

Maritima Info   http://www.maritima.info/

La Provence

Le Courrier de l’Ouest

Presse Océan

Paris Normandie

Le Maine Libre

Nordnet.fr

Nordlittoral.fr

Nord Éclair

La dépêche

Le Courrier cauchois

Guadeloupe France Antilles

Clicanoo, le journal de l’Île de la Réunion

Ipréunion.com

Corsematin.com

Franceguyane.fr

Le quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien  Lequotidien.re

Tendanceouest.com

LaMontagne.fr

Leveil.fr

larepubliquedespyrenees.fr

larep.com

 

 

Liste des journaux, radios et tv qui ont repris la dépêche AFP de Céline Agniel sur leur site web. 

 

France et Dom-Tom

 

Ouest France

Lyonne.fr

Lamanchelibre.fr

Tendance Ouest  

TendanceOuest.com

24matins.fr

BourseDirect.fr

NotreTemps.com

la-croix.com

tv5.org

planet.fr

NouvelObs.com

linebourse.fr

Liberation.fr

LePetitJournal.com

Linternaute.com

Lexpress.fr

Challenges.fr

Handicapzero.org

sudradio.fr

 

Luxembourg

 

5minutes.rtl.lu

http://5minutes.rtl.lu/fr/

 

Belgique

 

finances.net

dhnet.be (Belgium)

rtl.be

 

 

 

 


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